[Chronique] Énergie et avenir : Œdipe, Superman ou Louis La Brocante ?

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De quoi l’effondrement est-il le nom ?

Chronique première : l’énergie

Il y a des tas de facteurs qui peuvent conduire à l’effondrement d’une civilisation : l’invasion par une puissance étrangère, une déstabilisation sociale intérieure, une catastrophe économique, écologique… Mais il existe un facteur d’effondrement relativement nouveau, dont peu de civilisations ont eu à se préoccuper par le passé (ou alors à petite échelle) et qui pourrait mettre à genou le système dans lequel on vit actuellement. Il est à la fois connu et ignoré par tous, tant il va de soi dans notre quotidien. Il s’agit de l’énergie.

Je ne suis pas un expert en énergie, ni en géopolitique, en Histoire, en économie ou en n’importe quelle science sociale ou de la nature. Mais après quelques lectures et visionnages de tout poil dans ces domaines, j’ai rencontré un raisonnement qui appuie considérablement la thèse d’un effondrement global de notre civilisation ; c’est-à-dire du système actuel de fonctionnement, de règles et de cultures que l’on connaît et non pas de « l’humanité tout entière » ou de « la planète » (je garde mes relents « catastrophistes » pour les fictions de ce blog, ça me fait du bien). En fait, il correspond à l’un des principaux arguments des collapsologues, tels que Pablo Servigne et Raphaël Stevens, pour dire que nous allons très probablement changer de modèle civilisationnel au cours du 21ème siècle.

Si j’essayais de le restituer simplement, et de manière synthétique, ça donnerait quelque chose de ce genre :

Le système dans lequel on vit est mondialisé, il repose sur une croissance perpétuelle alimentée presque exclusivement par une seule source d’énergie : les hydrocarbures. Si dans un laps de temps relativement court, l’on doit ou l’on souhaite se passer des hydrocarbures sans pouvoir les substituer efficacement, alors le système s’effondre.

Examinons tout ceci à la loupe.

Le système dans lequel on vit est mondialisé…

Depuis la naissance de la civilisation, l’humanité tend à l’uniformisation et, dans une certaine mesure, à l’unification. Des premiers royaumes à aujourd’hui, des groupements d’hommes n’ont cessé de chercher à exercer leurs visions, leurs cultures et leurs lois sur un maximum d’autres groupements d’hommes. Observer l’évolution des frontières des royaumes et empires à travers l’Histoire permet de s’en rendre compte : les lignes dansent sur la carte à mesure qu’un peuple en avale un autre. Au cours du temps, la planète est ainsi passée d’une multitude de peuples et mini-civilisations possédant des calendriers, des dieux, des écritures et des modes vestimentaires propres à un découpage en grandes aires civilisationnelles souvent définies par une religion, une base linguistique et des traditions communes.

A partir du 16ème siècle, la civilisation occidentale (l’Europe d’abord, puis les Etats-Unis), animée par une volonté de conquêtes, armée de concepts humanistes, de technologies militaires avancées et de bactéries à même de foudroyer tout un continent, prend le dessus et tend à imposer ses « lumières » au reste du monde. Son hégémonie est telle qu’en 1991, à la chute de l’URSS, le chercheur Francis Fukuyama parle de la fin de l’Histoire, arguant, sans doute un peu naïvement, l’avènement d’une civilisation planétaire unifiée et en paix. Le concept de « démocratie libérale », né en Occident, domine alors une bonne partie du globe et la notion de « village global » se répand.

Phagocytages des civilisations au cours du temps

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Principalement d’économie, avec la diffusion de deux doctrines qui se complètent au point de se confondre parfois (même si elles peuvent s’opposer) : le capitalisme et le libéralisme.

Le capitalisme est né à la Renaissance, il a pour credo l’accumulation de richesse : de capital (d’où le nom). Il statue que la productivité d’un ensemble (une entreprise) est supérieure à la somme des productivités individuelles de ceux qui composent cet ensemble (les employés) ; ce qui est bien pratique pour accumuler de la richesse. Par ailleurs, le capitalisme dissocie ceux qui possèdent le capital (c’est-à-dire les profits, les moyens de production, les échanges…) de ceux qui le produisent (les employés). Un artisan qui produisait des lunettes au 15ème siècle par exemple, possédait les matières premières, les moyens de production et l’ensemble des profits de son activité. Dans une entreprise capitaliste du 20ème siècle qui conçoit aussi des lunettes, les employés qui fabriquent et assemblent les verres touchent un salaire en échange de leur temps de travail mais ne possèdent rien de l’entreprise. C’est le chef de l’entreprise et/ou les actionnaires qui possèdent le capital. C’est pourquoi au capitalisme s’attache fortement la notion de propriété privée. Enfin, le capitalisme a un besoin fort de croissance pour satisfaire sa logique d’accumulation. Un capitalisme qui ne croît pas est un capitalisme atteint d’une maladie appelée “récession” ; chose bien pire que les 10 plaies d’Egypte réunies.
Le cadre d’une société capitaliste doit donc trouver le savant équilibre entre un pouvoir régalien qui assure la notion de propriété privée et garantit le fait de pouvoir posséder du capital sans l’avoir soi-même produit, et une certaine liberté qui doit permettre aux acteurs de ladite société d’augmenter leur capital.

C’est pourquoi, en règle générale, le capitalisme est un bon copain du libéralisme.

Le libéralisme correspond d’abord à une philosophie politique et sociale qui s’incarne dans les écrits des Lumières aux 17ème puis 18ème siècles. Face à l’absolutisme royal de l’époque, on oppose la liberté et l’égalité des individus qui composent le peuple. L’idée d’un Dieu qui dépose le pouvoir dans un unique individu, un monarque, est révolue ; désormais c’est le peuple qui doit avoir le pouvoir : demos cratos, démocratie (sur le papier, s’entend). Les penseurs d’alors baignent tous dans cette révolution de pensée ; aussi, à peu près à la même époque où Voltaire écrit son Ingénu, des économistes s’en imprègnent pour théoriser le libéralisme économique : libre-échange, liberté d’entreprise, de circulation, de consommation, de travail… deviennent les plus sûrs garants de la prospérité d’une société.

Au 19ème siècle les deux doctrines vont se cristalliser en Occident. Appuyé par la révolution scientifique, alimenté par un humanisme qui achève de déplacer le sacré de la nature vers l’homme, le capitalisme va se nourrir de la pensée libérale en économie pour pousser les Etats à créer un cadre propice à l’émergence et au développement de grandes industries… jusqu’à faire sortir de terre des montagnes de richesses. Des montagnes aux sommets infinis, comme jamais l’humanité n’en avait connu ou même rêvé auparavant. Ce sera la force de ce nouveau système qui va progressivement conquérir le monde, à coups de canons… et de chansons (le fameux soft power). Partout, le mode de vie occidental se met à rimer avec confort social et sanitaire, prospérité, éducation et progrès, liberté, entertainment… Son succès est foudroyant et, s’il nourrit forcément des oppositions, il s’impose au mieux comme un idéal, au pire comme une référence : il devient la feuille de route pour le développement de (presque) tous les pays. D’ailleurs, en l’an 2000 l’ONU lance les « objectifs du millénaire pour le développement » qui veulent étendre les progrès réalisés dans les pays développés capitalistes au reste du monde : éliminer la pauvreté et la faim, assurer l’éducation pour tous, combattre les maladies… et protéger l’environnement.

Les objectifs du millénaire de l’ONU : un monde “occidentalisé”, libéral capitaliste, qui ne connaît ni la faim, ni la soif, ni la maladie.

Confondre en quelques lignes une théorie économique avec le progrès scientifique et les luttes sociales est peut-être hasardeux, ou du moins très rapide. J’admets volontiers manquer d’expertise sur le sujet, et de temps pour le creuser ici. Toutefois, que l’on abhorre ou que l’on soutienne le capitalisme, on ne peut complètement le dissocier des progrès de ces deux derniers siècles ; comme on ne peut le dédouaner de l’explosion des inégalités des dernières décennies et des misères économiques qui en découlent (entre autres maux).

Sans tergiverser sur les bienfaits et les méfaits du capitalisme, une chose est sûre le concernant : à l’aube du 3ème millénaire, nous vivons (presque) tous selon ses règles. Nous vivons (presque) tous dans une économie de marché, dans un système mondialisé ayant comme référence la culture occidentale, que nous qualifierons grossièrement de « capitalisme » dans la suite de cet article pour des raisons de simplification.

…il repose sur une croissance perpétuelle…

Comme vu précédemment, le capitalisme sous-tend l’idée d’une accumulation perpétuelle de richesses. Afin répondre à ce besoin, il suppose une consommation elle aussi perpétuelle. Plus de consommateurs consomment plus de produits et de services afin de produire plus de capital. Le gâteau ne doit jamais cesser de grandir ; et le moule avec lui.

Peu de théoriciens du capitalisme se sont vraiment inquiétés de la question des limites. Ceux qui y ont réfléchi ont souvent conclu qu’il s’agissait d’un problème secondaire, facile à résoudre ; en tout cas pas suffisamment inquiétant pour remettre en cause l’idée de croissance perpétuelle. Quand Ricardo s’interroge sur les limites des rendements agricoles de son pays, le Royaume-Uni, il se rassure avec le progrès technique et sa fameuse théorie des avantages comparatifs : grâce au commerce international et dans un contexte de libre-échange, le Royaume-Uni continuera à s’enrichir avec son agriculture. Certains économistes pensaient tout simplement qu’il n’y avait pas de limite. La plupart, cependant, ont pu convenir d’une limite, mais ont préféré la voir une comme une frontière que le progrès scientifique et l’intelligence humaine parviendraient toujours à repousser. Et quand bien même nous épuiserions notre planète, il y en a des milliards d’autres que notre génie nous permettra de découvrir et d’exploiter dans l’Univers. Blue Origin, la société d’exploration spatiale de l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, a pour objectif annoncé d’aller exploiter les ressources et énergies « illimitées » contenues dans l’espace.

Capture d’écran du site de Blue Origin : pour Jeff Bezos, la notion de “limite” est superflu

Dès lors, que le partisan du capitalisme croie à un monde illimité ou à une frontière à repousser, une chose compte avant tout à ses yeux pour que le système persiste : chaque acteur qui compose ce dernier se doit à la fois d’être un producteur et un consommateur pour en nourrir la croissance. Au 20ème siècle le capitalisme s’optimise à grands coups de “relations publiques” telles qu’imaginées par Edward Bernays, d’organisation du travail et d’optimisation de la productivité (taylorisme, mécanisation, algorithmes…), de campagnes marketings, de programmes politiques ou encore de réformes éducatives. Ce qui importe n’est plus de répondre aux besoins du consommateur, mais de ses désirs ; ce qui compte pour un travailleur devient la recherche de la performance, et non du sens. Ainsi des millions, puis des milliards d’individus se transforment en unités de production et de consommation au service de la croissance, avec des effets de levier énormes lorsque ces unités se regroupent en multinationales tentaculaires, communautés de consommateurs… Des milliards, ça fait beaucoup. En quelques décennies, l’humanité a ainsi glissé d’un modèle de croissance linéaire à un modèle exponentiel. On peut le constater dans presque toutes les données relatives à l’activité humaine : exploitation des ressources halieutiques, des forêts, évolution des surfaces agricoles, production de microprocesseurs… C’est ce changement qui a marqué l’avènement de ce que les géologues appellent l’anthropocène : une ère où les hommes sont devenus une “force géologique” impactant l’écosystème de la Terre entière.

Or pour satisfaire ces activités, pour transporter des personnes d’un bout à l’autre de la planète, pour extraire des ressources du sol, pour les transformer puis leur faire parcourir des kilomètres, pour soutenir ce modèle de croissance illimitée, il faut quelque chose d’essentiel : de l’énergie. Ou plus précisément : une quantité phénoménale d’énergie. Voire, en théorie, selon les lois mathématiques propres aux exponentielles : une quantité infinie d’énergie.

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L’ère des exponentielles (La Grande Accélération, Will Steffen et al., 2015)

Dès son éclosion, le capitalisme a donc dû chercher des sources d’énergies aptes à garantir sa survie. Heureusement pour lui, il en a trouvé une particulièrement efficace.

… alimentée presque exclusivement par une seule source d’énergie : les hydrocarbures

Rien ne bouge, rien ne change ; enfin, jusqu’à ce que l’énergie entre en action. En physique, l’énergie est « une mesure de la capacité d’un système à modifier un état, à produire un travail entraînant un mouvement, un rayonnement électromagnétique ou de la chaleur » (merci Wikipédia 1). Du bois qui brûle, une fleur qui pousse, un oiseau qui vole, Gégé qui lève le coude et porte sa 1664 aux lèvres : tout ça, c’est grâce à l’énergie. Cela semble couler de source, mais il est parfois bon de rappeler les évidences.

Selon les lois physiques, et en particulier les lois thermodynamiques, il existe deux grands principes ayant trait à l’énergie :

1 – l’énergie se conserve.
L’énergie ne peut ni se créer ni se détruire, mais simplement se transformer d’une forme à une autre. Par exemple, quand on fait bouillir de l’eau, l’énergie électrique utilisée pour ce faire n’est pas détruite, elle se transforme en vapeur d’eau, soit une autre forme d’énergie.

2 – la conversion d’énergie d’une forme à une autre est en général incomplète.
Une partie de l’énergie, qui était ordonnée avant la conversion, se dégrade sous une forme désordonnée après la conversion ; on parle alors d’entropie. Par exemple, quand un coureur cycliste pédale une partie de l’énergie qu’il transforme pour faire avancer son vélo se « perd » en chaleur via le frottement des pneus sur le bitume.

De nombreux théoriciens du capitalisme ont eu tendance à oublier ces lois physiques qui mettent à mal l’idée d’une croissance perpétuelle. Pour eux l’économie se résume à deux choses : le travail et le capital. Le travailleur n’a pas de corps et pas de tête, il est un fantôme purement rationnel qui échange son travail contre de l’argent sans jamais avoir besoin d’énergie pour se maintenir en vie, qui ne produit par conséquent aucun déchet et qui est incapable d’émotions complexes. En fait, la plupart des économistes dont les préceptes dominent les grandes institutions mondiales, ceux qui obtiennent des prix Nobel et qui aiguillent les décisions politiques, ne tiennent tout simplement pas compte de l’énergie et de la matière.

C’est ce qui a fait dire à Kenneth Boulding que « seul un fou ou un économiste croit à une croissance exponentielle infinie dans un monde fini ». En effet, malgré tout ce que pourra arguer un économiste, et pour reprendre les propos du physicien Feynman : on ne peut pas « berner » la nature, on ne peut pas tricher avec les limites physiques. On ne peut pas « consommer » plus d’énergie qu’il n’en existe. Pour autant, si le concept théorique de croissance exponentielle en économie se mangera forcément un jour son asymptote verticale en pleine gueule, il est vrai que la Terre renferme des quantités phénoménales d’énergie que nous sommes encore loin d’avoir épuisées. Comme nous le verrons plus tard, les défis énergétiques qui s’annoncent à court et moyen terme font donc moins appel à la notion de quantité plutôt que de capacité.

Caricature de Chappatte

Mais revenons d’abord à nos moutons. Les paléontologues nous disent qu’Homo Sapiens est né il y a 300 000 ans, les préhistoriens considèrent que ce dernier aurait terminé de coloniser l’ensemble du globe il y a 12 000 ans, les historiens estiment quant à eux que la civilisation est apparue il y a environ 5 000 ans seulement. Cela signifie que, durant des centaines de milliers d’années, soit plus de 99% de son existence, la principale source d’énergie qui a permis à l’Homme de se développer était… lui-même. Et même si dès les premières cités l’Homme a su dompter les animaux, le vent et l’eau ; c’est de la fameuse « huile de coude » qu’il a presque toujours tiré le principal de son labeur (enfin, plus particulièrement de celui des autres via l’esclavage).

Tout cela change brutalement vers la fin du 18ème siècle.

Au 18ème siècle, l’humanité, du moins celle qui se concentre alors en Europe Occidentale, va commencer à réellement exploiter la plus formidable source d’énergie de toute son Histoire : les hydrocarbures. D’abord le charbon, puis le pétrole et le gaz. Ce sont les hydrocarbures qui vont alimenter en énergie les moteurs à combustions puis à explosion mis au point durant la Révolution Industrielle, eux qui vont permettre la croissance phénoménale de l’économie mondiale aux 19ème, 20ème et 21ème siècle à mesure que le capitalisme va se diffuser.

Ironiquement, au départ le charbon et le pétrole sont vus comme des solutions écologiques. Avec le charbon, on se réjouit de ne plus avoir à couper les forêts, qui fondaient comme neige au soleil, pour se chauffer (c’est paradoxalement en partie grâce aux hydrocarbures que la surface forestière française a doublé depuis 1850). Quand les premières voitures arrivent dans les villes, on est soulagé de ne plus avoir à utiliser de chevaux. Les déjections et carcasses de ces derniers empestaient en effet les rues et posaient de graves problèmes sanitaires, sans compter le fait qu’ils coûtaient cher en entretien ; avec la voiture les citadins peuvent de nouveau respirer !

En fait, les hydrocarbures sont vus par beaucoup d’intellectuels du 19ème siècle (sans doute moins par les mineurs de fond et prolétaires de tout poil) comme le moteur du Progrès. Ils apportent la lumière, les transports rapides, ils ouvrent le débat social de la lutte des classes. Et quand ils s’allient à l’intelligence humaine, alors rien n’est impossible : on rêve de voyages sur la Lune, de machines volantes, d’expéditions scientifiques aux endroits les plus extrêmes du globe, de futur radieux et verniens, où l’on aurait vaincu la mort et la maladie. Cette pensée, que l’on pourrait presque qualifier de profession de foi dans la science, s’est par la suite largement diffusée à l’ensemble de la population au cours du 20ème siècle. Il faut dire que les « miracles scientifiques », aux impacts positifs comme négatifs, se succèdent. Alors une croyance se forme : la science nous sauvera toujours, on adule le Progrès Triomphant.

Georges Méliès imaginant le voyage sur la Lune au début du 20ème siècle

Mais on rêve aussi de révolution sociale, d’égalité ; maintenant qu’un boulanger et ses machines peut produire seul du pain pour 1000 personnes, qu’une usine de textile peut suffire à habiller 100 000 personnes… l’homme va enfin s’émanciper du travail, gagner en temps libre pour rêver, philosopher, créer ! C’est en tout cas ce qu’imagine Ernest, le personnage de Jack London dans le Talon de Fer, paru en 1908. Dans sa Lettre à nos petits-enfants parue en 1930, John Maynard Keynes croit lui aussi à un capitalisme libéré de son utilitarisme économique : il imagine une société en 2030 qui sera tellement abondante que les hommes n’auraient à travailler que 15 heures par semaine pour satisfaire tous leurs besoins.

Bien évidemment, tous ces rêves ne se réaliseront pas ; le capitalisme produira autant de richesses que d’inégalités ; et nous n’avons jamais autant couru après le temps qu’aujourd’hui. Mais ils donnent le ton, ils incarnent les espoirs d’alors et qui persistent encore aujourd’hui. Il faut dire que les hydrocarbures sont réellement efficaces, presque magiques. Ils constituent une forme extrêmement ordonnée et concentrée d’énergie, facile à extraire, facile à transporter, présente en quantités gargantuesques. Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant, explique comme il est facile d’oublier à quel point les hydrocarbures nous facilitent la vie, et pour pas cher ! Selon lui, pour maintenir le niveau de vie d’un français sans les hydrocarbures il faudrait que 400 esclaves travaillent chaque jour pour lui. Eu égard à notre Histoire, comme nous l’avons vu plus haut, nous vivons en Occident comme des rois antiques aux poches et panses bien remplies ; et nous l’ignorons. Nous connaissons une abondance phénoménale rendue possible par une énergie extrêmement bon marché, quasiment gratuite, mais nous ne nous questionnons que rarement sur les raisons de cette abondance ; elle qui nous semble tout acquise.

Avec les avantages qu’ils procurent, les hydrocarbures se sont donc naturellement imposés comme la principale source d’énergie de l’Humanité ; et leur exploitation est devenue une priorité pour toutes les nations prétendants au titre de grandes puissances. Ils représentent aujourd’hui plus de 80% du mix énergétique mondial. Si on résume grossièrement, sans tenir compte des spécificités énergétiques de chaque pays, cela signifie que l’énergie que vous utilisez pour alimenter votre PC ou votre téléphone en lisant cet article, pour faire bouillir l’eau de vos pâtes, pour vous habiller, pour aller chercher votre nourriture produite et transformée à des kilomètres de votre supérette, pour produire le cacheton que vous prenez chaque matin, pour glander sur internet au lieu de bosser au bureau… cette énergie a 8 chances sur 10 de provenir du pétrole, du gaz ou du charbon. Je, vous, nous sommes complètement dépendants des hydrocarbures dans notre quotidien. Et l’avenir de ces derniers est prometteur, d’ailleurs leur consommation ne cesse de progresser. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, les hydrocarbures devraient toujours composer les trois quarts de de la consommation mondiale d’énergie en 2040… si le modèle actuel persiste.

Mix énergétique mondial et émissions de CO2 en 2015 (@Connaissance des Energies, d’après les données de l’Agence Internationale de l’Energie)

Pourtant, leur utilisation pose question ; et ce pour plusieurs raisons.

… si dans un laps de temps relativement court l’on doit ou l’on souhaite se passer des hydrocarbures sans pouvoir les substituer efficacement…

Les hydrocarbures, si efficaces soient-ils, présentent deux inconvénients majeurs :

1 – Il s’agit d’énergies fossiles, constituées par l’accumulation de déchets organiques qui se sont dégradés durant des millions d’années. Le processus initial de transformation de cette énergie s’écoule sur un temps immensément plus long que sa transformation pour notre utilisation. En clair : c’est une énergie finie. Chaque litre de pétrole consommé est un litre « perdu » pour l’humanité.

2 – Les hydrocarbures ont un énorme impact négatif sur notre environnement, et par la même sur notre survie. Leur utilisation dégage du CO2 en grande quantité, qui s’ajoute aux autres gaz à effet de serre de source humaine. Et parmi tous ces gaz, le CO2 est responsable à lui seul des deux tiers de l’effet de serre, et donc du réchauffement climatique. Je ne vais pas m’étaler, hormis pour quelques imbéciles comme Donald Trump, c’est un sujet largement connu et accepté.

Toutefois, comme évoqué plus haut, les problèmes à moyen et court terme font plus appel à la notion de capacité plutôt que de quantité.

Si les hydrocarbures sont présents en quantité finie sur la planète, ils restent une ressource relativement abondante. Régulièrement de nouvelles réserves sont découvertes, et d’ailleurs le réchauffement climatique pourrait bien permettre l’accès à de nouvelles réserves comme au Groenland (ce qui ne constitue pas une bonne nouvelle, soyons d’accord). Pour les 50 prochaines années au moins, nous avons donc largement de quoi continuer à exploiter cette incroyable énergie, mais à quel prix ? Il y a un indicateur essentiel quand on parle de l’exploitation d’une source d’énergie, c’est le TRE : le taux de retour énergétique. Il correspond au « ratio d’énergie utilisable acquise à partir d’une source donnée d’énergie, rapportée à la quantité d’énergie dépensée pour obtenir cette énergie » (merci Wikipédia 2). Prenons l’exemple d’un puits de pétrole : un TRE de 50:1 signifie que pour l’équivalent énergétique d’un baril de pétrole investi dans l’exploitation du puits, on en produit 50. Or, entre le jour où le colonel Drake a foré le premier puits de pétrole américain près de Titusville et aujourd’hui, cet indicateur n’a cessé de diminuer. Si en 1900 il était de 100:1, il oscille aujourd’hui entre 8:1 et 35:1 selon les types de pétrole.

On distingue en effet le pétrole dit “conventionnel”, qui coûte peu cher à exploiter, du pétrole dit “non conventionnel” comme par exemple le pétrole de schiste, qui lui est rarement rentable. Pourtant, les réserves de pétrole conventionnel fondant comme neige au soleil (on aurait atteint le pic du pétrole conventionnel en 2006, ce qui signifie que depuis 2006 l’extraction de pétrole conventionnel ne cesse de diminuer et pourrait ne jamais remonter), c’est bien vers le pétrole de schiste que les pays assoiffés d’énergie se tournent depuis la décennie 2010. Par exemple, les Etats-Unis sont aujourd’hui les premiers producteurs de pétrole au monde grâce au pétrole de schiste présent en grande quantité sur leur territoire… au prix d’un endettement de plusieurs centaines de milliards de dollars. Au même titre que l’immobilier qui précipita la crise de 2008, au même titre que la dette étudiante qui inquiète aux Etats-Unis, l’industrie du pétrole est une bulle économique qui risque de faire un très gros pop dans les années à venir. Et ce qui vaut pour le pétrole vaut également pour le gaz ; et, dans une moindre mesure, pour le charbon.

Toutefois le concept de TRE est à prendre avec des pincettes tant il est complexe. Différents experts ont proposé différentes manières de le calculer et tous ne s’accordent pas sur le TRE minimal à avoir pour qu’une société tourne. De quel minimum parle-t-on ? De quoi nourrir tout le monde ? De quoi habiller tout le monde ? De quoi maintenir tout le monde en bonne santé ? Garantir la loi ? De quoi permettre à tout le monde de travailler ? Partir en vacances ? Selon une étude de 2013 menée par plusieurs scientifiques (dont Charles Hall qui a popularisé le concept de TRE) il faudrait un TRE minimal compris entre 12:1 et 13:1 pour maintenir la consommation énergétique de nos sociétés occidentales. En dessous, il faudrait commencer à choisir les services et besoins de base que nous souhaiterions conserver et ceux que nous accepterions d’abandonner. Ainsi, un TRE de 1:1 permet simplement d’extraire l’énergie sans pouvoir la transformer, la transporter et l’exploiter (ou alors à perte, comme l’industrie du pétrole de schiste aux Etats-Unis actuellement), un TRE de 5:1 permet de faire pousser et de distribuer de la nourriture etc…

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Sur le modèle de la pyramide des besoins de Maslow, les besoins énergétiques d’une société suivent une certaine hiérarchie (schéma utilisé par Charles Hall dans l’une de ses conférences, à droite ses calculs de TRE pour différentes énergies et leurs tendances)

A court et moyen terme, notre civilisation risque donc d’être de moins en moins capable d’exploiter des hydrocarbures rentables pour la soutenir. À long terme, quoiqu’il arrive, ces mêmes hydrocarbures ne seront de toute manière plus exploitables sur Terre, simplement parce qu’il n’y en aura plus. Quid des autres énergies alors ? Avec les connaissances et la technologie actuelles, les énergies renouvelables sont très loin d’être en mesure de se substituer aux énergies fossiles. L’énergie solaire a un TRE qui oscille entre 3:1 et 9:1. L’éolien peut avoir un TRE qui monte jusqu’à 80:1, mais au même titre que le solaire il s’agit d’une énergie intermittente, nécessitant des infrastructures complexes et couteuses, et qu’on ne sait pas bien transporter. L’énergie nucléaire, si l’on fait fi de son opposition populaire dans le débat public et de ses risques sécuritaires, a un bon TRE et un impact carbone faible, mais, comme les hydrocarbures, il s’agit d’une énergie finie aux ressources physiquement limitées. En clair, en l’état actuel des connaissances, aucune énergie ne peut se substituer efficacement aux hydrocarbures pour maintenir la consommation énergétique de notre modèle civilisationnel, et encore moins pour maintenir sa croissance.

À mesure que les années passent, et sans nouveau miracle scientifique, notre capacité à maintenir nos 400 esclaves énergétiques quotidiens devient floue. Un jour ou l’autre, ces derniers pourraient bien mettre les voiles sans crier gare.

Mais nous avons encore du temps, du moins collectivement nous considérons en avoir, en tout cas suffisamment pour refiler la patate chaude à nos enfants. Aussi continuons-nous dans ce modèle. Il faut dire que consommer des hydrocarbures, même en grandes quantités, n’est pas une mauvaise chose en soi, tant que la Terre a la capacité d’en absorber les conséquences. Or, là aussi nous rencontrons aujourd’hui un sérieux problème de capacité. Ou plutôt de ce que l’on appelle la biocapacité : la capacité de notre environnement à produire des ressources et à absorber les déchets qui découlent de leur consommation. La biocapacité de la planète a été dépassée dans les années 1960, depuis, chaque année, le « jour de dépassement », c’est-à-dire la date à laquelle la biocapacité d’une année a été dépassée, ne cesse de reculer. En 2019 le jour de dépassement de l’humanité était le 29 juillet, passé cette date nous abattons des arbres, péchons du poisson, épuisons des cultures qui ne pourront pas être naturellement renouvelées. Passé cette date nous vivons à perte, nous vivons dans « l’urgence écologique ».

Evolution de la concentration de CO2 dans l'atmosphère de 1979 à 2017

Evolution de la concentration de CO2 (ppm) dans l'atmosphère de 1979 à 2017(publié par J-Pierre Dieterlen)

Publiée par Jean-Marc Jancovici sur Vendredi 6 septembre 2019
Evolution de la concentration de CO2 dans l’atmosphère (en ppm : parties par million) : depuis un bon siècle les activités humaines rejettent beaucoup plus de CO2 que la biodiversité n’arrive à en capturer (partagé par JM Jancovici et publié initialement par J-Pierre Dieterlen )

Les gens le savent, cette froide et dure réalité se diffuse dans les consciences, partout sur la planète la peur d’un désastre écologique provoque la gronde de la population ; même dans les pays en voie de développement. Grandissant, réunissant les luttes sociales et écologiques, porté par la jeunesse, parfois éclairé, parfois ignorant des aboutissants de ses revendications, un vent nouveau souffle et réclame la fin du capitalisme. Personne ne sait comment ce mouvement peut évoluer, mais il pose la question : et si l’effondrement de notre modèle était choisi, piloté, décidé, plutôt que subi ?

Extinction Rébellion prône la désobéissance civile face à l’urgence climatique et espère à un changement de modèle civilisationnel

Je ne maîtrise pas parfaitement tous ces sujets, aussi je vous invite grandement à vous renseigner sur les notions de taux de retour énergétique, de pic énergétique, d’effet de serre, d’anthropocène, de biocapacité etc… Ce qui m’apparaît comme une évidence, en revanche, c’est que le système capitaliste, notre système civilisationnel, a besoin d’énormément d’énergie pour persister. Or, en même temps que les hydrocarbures bon marché viennent à manquer, nous faisons le choix collectif de moins les utiliser… sans pour autant leur trouver de substitut valable.

Nous avons peu de temps pour agir, pour décider comment utiliser la formidable quantité d’énergie des hydrocarbures facile à exploiter restant. Cela pose naturellement la question de l’avenir de notre système.

… alors le système s’effondre.

Pour illustrer le risque encouru par notre civilisation, il y a une image populaire : l’humanité est dans une voiture lancée à pleine vitesse, un mur se dresse face à elle. Que va-t-il se passer ?

  • Sommes-nous les protagonistes d’une tragédie grecque, au destin terrible connu d’avance et pourtant inéluctable ?
  • Sommes-nous les acteurs d’une superproduction hollywoodienne, où un héros génial viendrait nous sauver in extremis du chaos ?
  • Allons-nous plonger dans l’atmosphère d’une série française, où le temps s’étire, où nos vies ralentissent, où les bérets ne laissent pas de place aux Google Glass ?

Je serais bien incapable de répondre avec assurance, et quiconque affirmerait être en mesure de le faire perdrait tout crédit à mes yeux. Mais qu’on le veuille ou non, que ce soit pour des raisons économiques ou écologiques, que ce soit par choix ou par contrainte : en l’état actuel de nos connaissances nous ne serons pas en mesure de continuer à exploiter l’énergie des hydrocarbures dans les prochaines décennies. En l’état actuel, notre modèle civilisationnel n’est donc pas soutenable.

À partir de là, les experts ne peuvent que supposer. Et de mes lectures, j’ai cru comprendre que trois grands scénarios peuvent se dessiner pour l’humanité au 21ème siècle :

Scénario de la tragédie grecque

Œdipe connaissait son destin et n’a pas su en conjurer le sort (tableau d’Antoine Brodowski)

L’humanité est dans une voiture lancée à pleine vitesse, un mur se dresse face à elle. Elle accélère, jusqu’à ce que la voiture percute le mur et explose. Des cadavres et du sang se mêlent au châssis écrasé. Certains passagers s’extirpent de l’épave encore fumante. Le visage brûlé, des jambes en moins, ils passent à travers le trou dans le mur créé par l’impact, et reprennent leur route en clopinant.

C’est le scénario du pire, et selon toute vraisemblance celui dans lequel notre civilisation s’engage actuellement. Le scénario du « business as usual », celui où l’on signe et persiste dans une dynamique de croissance, de production infinie, basée sur les hydrocarbures faute de mieux, sachant pertinemment ce qui nous attend. Sans-doute rêvons-nous à une découverte scientifique qui nous sauverait (voir scénario suivant)… mais cette dernière n’arriverait jamais. Certains s’inquiètent de la disparition possible de l’ensemble de l’humanité, d’autres parlent de millions, de milliards de morts. Quoiqu’il en soit, dans ce scénario, des drames auront lieu.

Dans un tel scénario, notre modèle civilisationnel actuel s’effondre.

Scénario du film hollywoodien

Dormez en paix citoyens, Superman vous sauvera toujours ! (Henry Cavill incarnant le super-héros dans le film Batman VS Superman)

L’humanité est dans une voiture lancée à pleine vitesse, un mur se dresse face à elle. Elle accélère et, tout en voyant le mur arriver, construit un pare-chocs extrêmement résistant qu’elle installe à l’avant du capot juste avant l’impact. La voiture explose le mur, et continue de filer à toute berzingue. Jusqu’au prochain mur.

C’est le scénario dominant dans l’esprit des gens, celui auquel le plus grand nombre croît, direct héritage de la Révolution Industrielle et de la foi dans le Progrès triomphant. C’est le scénario dans lequel la science nous sauve en dégotant in extremis une énergie propre, renouvelable, abondante et bon marché qui permette à notre civilisation de prospérer sans détruire son environnement. C’est le scénario où un nouveau miracle scientifique nous permet de repousser nos limites. Comment ? Grâce aux énergies renouvelables qui, une fois optimisées par “l’économie de la connaissance” seraient capables d’alimenter une “croissance verte” disent certains. Non, plutôt grâce à la fusion nucléaire, affirment d’autres. Et grâce à cette énergie incroyable, ajoutent-ils, nous pourrons relever tous les défis : politiques, climatiques, sociaux… C’est le scénario dans lequel l’humanité pourrait continuer à croître, sur Terre, dans l’espace, vers l‘infini et au-delà.

Dans un tel scénario, notre modèle civilisationnel actuel persiste

Scénario de la série française

Lent, local, rustique et bienveillant comme un épisode de Louis La Brocante (l’acteur Victor Lanoux devant son célèbre camion)

L’humanité est dans une voiture lancée à pleine vitesse, un mur se dresse face à elle. Elle ralentit, écrase la pédale de frein. Par inertie, la voiture percute tout de même le mur, mais relativement doucement. Les passagers, un peu secoués mais vivants et entiers, sortent de la voiture, escaladent le mur, et continuent à pied.

C’est le scénario du changement de modèle, celui qui fait bouillonner les esprits de scientifiques, sociologues, économistes, philosophes, politiques professionnels et amateurs. Partout des tas d’alternatives au système actuel sont imaginés, et certaines prennent corps dans la réalité. Vous avez peut-être entendu parler de villages autonomes, de ZADs, de fermes urbaines, de monnaies locales, de sobriété heureuse, de décroissance, d’éloges de la lenteur… Tous ces concepts, toutes ces expérimentations se nourrissent de l’idée que notre modèle actuel n’est pas soutenable. Même s’il est vraisemblablement trop tard pour éviter le mur, une ou des alternatives pourraient nous permettre de réduire les dégâts : de devenir “résilients” face aux chocs à venir. Mais cela implique de bifurquer, de changer nos modes de consommation et nos modes de pensés, de ne plus avoir la croissance comme valeur-socle sur laquelle bâtir notre avenir.

De facto, dans un tel scénario, notre modèle civilisationnel actuel s’effondre.


Et après ?

Il appartient à chacun d’imaginer le futur puisque en ce qui le concerne aucune science exacte n’existe. La première matière du futur est l’information. Alors informez-vous, lisez, discutez, débattez et forgez-vous une opinion suffisamment solide pour agir ; et suffisamment souple pour évoluer. La deuxième matière du futur est l’intuition. Chacun possède une histoire personnelle, une culture, une façon de voir le monde qui lui est propre. Aussi, comme le dirait Pablo Servigne, pour imaginer le futur faites confiance à votre intuition.

Me concernant je crois que les trois scénarios décrits ici peuvent tous avoir lieu à des degrés, des temporalités et des endroits différents. Et si je souhaite un avenir paisible, je crois en l’idée de “catastrophisme éclairé” de Jean-Pierre Dupuy : il peut être utile de croire la catastrophe inévitable pour agir réellement.

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